ROCHETTE S., 2011. Effets des perturbations anthropiques sur la survie des juvéniles de poissons marins au sein des nourriceries côtières et estuariennes et conséquences sur le renouvellement des populations. Application à la sole (Solea solea) en Manche Est et dans le golfe de Gascogne. Thèse de Doctorat Halieutique, Agrocampus Ouest
Organisme d'accueil : Pôle halieutique Agrocampus Ouest
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Ce projet se
donne pour objectif de décrire, en s’appuyant
principalement sur l'exemple de
la sole commune dans le golfe de Gascogne et en Manche Est, les
relations
existant entre les conséquences des perturbations
anthropiques au sein des
nourriceries côtières et estuariennes,
essentielles pour le renouvellement des
ressources marines, et la dynamique des populations
associées. En d'autres
termes, dans quelles mesures les perturbations anthropiques au sein des
nourriceries côtières ou estuariennes
conditionnent elles le renouvellement des
populations marines ?
Beaucoup de travaux
scientifiques ont été
menés
afin d’identifier les habitats halieutiques essentiels en
secteurs côtiers et
estuariens, de mieux connaître leur fonctionnement et de
suivre leur
qualité :
- Au
cours des dernières décennies, les nourriceries
des espèces marines dépendantes
des milieux côtiers et estuariens ont notamment
été identifiées en mettant en
relation la répartition spatiale des juvéniles de
poissons avec des paramètres
physiques du milieu (Rijndorp et al,
1992, Rogers, 1992 ; Rogers & Millner, 1996 ;
Gibson, 1994 ;
Gibson, 1997 ; Beck et al., 2001). Ces travaux qui, sur le
littoral
français de Manche-Atlantique, ont
porté essentiellement sur la sole commune,
utilisée comme espèce
indicatrice, ont permis d’estimer l’importance
respective des différents
types d’habitats, et notamment de souligner le
caractère déterminant des
vasières peu profondes situées dans des secteurs
estuariens et les baies
semi-fermées (Riou et al., 2001 ; Le Pape et al.,
2003ab). Ces travaux
font aujourd’hui l’objet
d’avancées en intégrant les
paramètres biotiques dans
la description des habitats de nourriceries (Le Pape et al., 2007).
- Une
autre série de travaux a été
réalisée dans le but d’analyser les
conséquences
des perturbations anthropiques sur la vie juvénile des
ressources dépendantes
de ces habitats (Gibson, 1994 ; Able, 1999 ; Meng et
al., 2001). Ces recherches ont
notamment porté, sur le littoral français de
Manche Atlantique, sur
l’estimation de la qualité des
différents secteurs de nourricerie à partir de
mesures portant sur la croissance des juvéniles de sole.
Cette approche a
permis de démontrer que, dans les estuaires de Seine et de
Gironde, où la
contamination par les xénobiotiques est forte, la
densité et la croissance des
juvéniles de sole sont plus faibles qu’ailleurs
(Gilliers et al., 2006).
Finalement,
en
synthétisant les connaissances acquises sur le
rôle des habitats côtiers et
estuariens de nourricerie pour les ressources marines du plateau
continental
ainsi que sur les conséquences écologiques de
l’altération quantitative et
qualitative de ces secteurs, il est possible de montrer que,
localement,
l’altération de ces nourricerie réduit
le nombre de juvéniles (Jones et al,
2002). Ce constat se vérifie d’ailleurs pour les
populations de sole en Manche Est
et dans le golfe de Gascogne (Le Pape et al., 2004 ; Le Pape
et al.,
sous presse).
Dans ce
cadre, cette thèse aura pour objectif d’analyser,
à l’échelle des populations
marines, les conséquences des perturbations anthropiques
subies au cours de la
phase juvénile du cycle de vie, lorsque les poissons sont
concentrés sur des
nourriceries côtières et estuariennes (Hill
& Caswell, 2001 ; Levin et Stunz, 2005). Ce projet
sera
principalement basé sur deux constats :
- les
conséquences néfastes des
xénobiotiques sur la croissance, le développement
et
la survie des juvéniles de sole au sein de leurs habitats
côtiers et estuariens
ont été mises en évidence (Klanjscek
et al., 2006), notamment sur le littoral
français de Manche Atlantique (Gilliers et al. 2006), et
font désormais
l’objet d’analyses approfondies.
- les
modifications physiques des secteurs côtiers et estuariens
ont conduit a une
réduction considérable de la surface des habitats
de nourricerie de poissons au
sein de ces secteurs (de l’ordre de deux tiers à
l’échelle mondiale au
cours de l’ère industrielle (Lotze et al., 2006)
et ce constat est valable sur
les côtes françaises de Manche-Atlantique, et tout
particulièrement en estuaire
de Seine (Le Pape et al., sous presse).
Ce
projet de thèse aura
donc pour objectif d’analyser, à
l’échelle de la Manche Est et du golfe de
Gascogne, les conséquences de ces deux types de
perturbations anthropiques des
milieux côtiers et estuariens, habitats essentiels de
nourriceries, sur le
renouvellement des populations de sole. L’utilisation de
modèles spatialisés
axés sur l’histoire de vie des
juvéniles et l’impact des xénobiotiques
(Klanjscek et al., 2006), intégrant des cartes quantitatives
d’habitats
développées à partir du couplage de
modèles et de systèmes d’informations
géographiques (Le Pape et al., 2003a), en tenant compte des
modifications morphologiques des nourriceries, constituera un outil
essentiel
de ce projet.
Cette thèse s’appuiera
sur plusieurs travaux antérieurs ou en cours :
- les données et études
précédentes, menées depuis
bientôt trois
décennies, sur les nouriceries côtières
et estuariennes de sole en Manche Est
(Riou et al., 2001) et dans le golfe de Gascogne (Le Pape et al.,
2003a), qui ont abouti à modéliser les
nouriceries en fonction des
caractéristiques physiques du milieu et à
établir des cartes quantitatives de
ces habitats,
- les travaux en cours sur l’évaluation
des conséquences
écotoxicologiques des contaminants chimiques sur
l’histoire de vie des
juvéniles,
- les analyses à long terme qui ont permis
d’analyser
l’évolution morphologique des sites
côtiers et estuariens (Lesueur, 1999).